Loana et le bilan de la télé-réalité
Voici quelques semaines, le 23 mars dernier, Loana Petrucciani, ancienne star de la télé-réalité, a été retrouvée morte à son domicile.
Les circonstances de sa mort ne sont pas très claires, mais il semble qu’elle se soit blessée après avoir consommé des médicaments ou de la drogue.
Ce qui semble certain, c’est qu’elle est morte seule – elle était d’ailleurs déjà morte depuis plusieurs jours lorsque son corps a été retrouvé.
Elle a été l’icône de la télé-réalité, lorsqu’elle a remporté la première édition de « Loft story » en 2001, diffusée alors sur la chaîne M6 – au point que M6 a pu parler d’elle comme ayant « profondément marqué toute une génération ».
Je ne suis pas sûr qu’elle ait vraiment marqué « toute une génération », mais il est vrai qu’elle a été particulièrement représentative de cet « ensauvagement à bas bruit », si j’ose dire, qui caractérise notre société : on dénonce en effet souvent – et à juste titre – l’ensauvagement qui fait que, désormais, il ne se passe plus une semaine sans qu’un Français tombe sous un coup de couteau mortel ou sans un viol particulièrement sordide et violent. Mais on ne prête guère attention au fait que ceux que les médias dominants donnent en exemple symbolisent et encouragent un effrayant effondrement.
La télé-réalité est profondément perverse à bien des égards.
Tout d’abord, elle fait croire aux gogos que chacun peut devenir une « star » et bénéficier de son quart d’heure de célébrité.
Par ailleurs, cette célébrité repose trop souvent sur les ressorts les plus malsains du cerveau reptilien : comme nos lointains aïeux, nous semblons réclamer « panem et circenses » – l’État-providence et des spectacles dégradants. En l’occurrence, la célébrité de la malheureuse a reposé pour l’essentiel sur le voyeurisme du public, « invité » à admirer les ébats de la donzelle dans une piscine.
Au passage, il est assez paradoxal de dénoncer régulièrement – là encore à juste titre – les méfaits de la pornographie, notamment sur l’image que celle-ci donne des femmes, et de diffuser ce genre de spectacle à une heure de grande écoute.
Enfin, la télé-réalité brouille la frontière entre vie publique et vie privée – et pousse toute la société à réclamer une transparence totalitaire (et la refuser est, en soi, suspect puisque cela suppose que l’on a « quelque chose à cacher » !).
Il est tragiquement ironique que les stars de la télé-réalité soient les premières victimes de ce système malsain.
À l’occasion de la mort de cette malheureuse, j’ai appris qu’elle avait tenté mille métiers « d’apparence » (mannequin, styliste, chanteuse et animatrice de télévision…) sans jamais parvenir à se fixer dans une carrière – et surtout en multipliant la consommation de drogue, les relations « amoureuses » plus ou moins toxiques et les tentatives de suicide.
Notre triste post-modernité nous invite en permanence à vivre à la surface de nous-mêmes – si ce n’est même en dehors de nous-mêmes, grâce à l’usage de psychotropes variés ! Mais il n’est pas besoin d’être un grand connaisseur de l’âme humaine pour savoir que ce dont nous avons le plus besoin, c’est, au contraire, d’intériorité – et de contemplation du beau, du vrai et du bon (au lieu des contrefaçons clinquantes dont nous sommes saturés).
L’empire romain assurait jadis la « paix sociale » par l’assistanat et les spectacles dégradants. Cela n’a pas très bien fini. Nous ferions bien d’en écouter la leçon avant que de nouveaux barbares ne viennent siffler la fin de la récréation !
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