Sénatoriales 2026 : la grande confusion ?
Depuis plusieurs années, le renouvellement du Sénat – par moitié depuis 2011 – n’a jamais été appréhendé avec beaucoup de suspens, dans la mesure où le résultat reste prévisible.
Si l’on excepte l’élection de 2011, qui vit le Sénat basculer à gauche (pour 3 ans), la droite et le centre restent majoritaires, même si l’on constate un relatif grignotage du groupe LR, le groupe dominant (130 sénateurs sur les 348).
En 2023, lors du dernier renouvellement, il n’y a guère eu de surprises à l’exception de quelques élus battus que l’on croyait installés. Pour la première fois, le RN a envoyé 3 sénateurs, mais les équilibres n’ont guère changé.
Cette année, la situation est plus compliquée. Tout d’abord, l’élection de 2026 intervient à la suite de municipales qui ont redéfini le corps électoral des sénateurs. Or il est plus facile de le « maîtriser » à mi-mandat que lorsqu’il est fraîchement constitué.
Ensuite, différents éléments rebattent les cartes des forces politiques. Dans les grandes zones urbaines, si la gauche continue à dominer, la question de LFI est posée.
Mais il y a aussi le poids croissant du RN et de son allié l’UDR, pour lesquels beaucoup annoncent la constitution d’un groupe politique. L’UDR d’Éric Ciotti rebat ainsi les cartes dans les Alpes-Maritimes : LR a donné son investiture à deux sénatrices sortantes qui présenteront chacune leur liste et la prise de Nice rend plausible l’élection de deux sénateurs proches d’Éric Ciotti. On s’interroge sur l’élection de Philippe Tabarot, ancien sénateur et actuel ministre des Transports, qui paye auprès de LR le fait d’être dans un Gouvernement macroniste. Le RN, même là où il ne dispose pas de maires, a la possibilité de faire élire des sénateurs comme ce fut le cas en 2023 en Seine-et-Marne.
Dans les Bouches-du-Rhône, le RN présentera une ancienne adhérente des Républicains, ces derniers ayant fini par se rabibocher avec le président Renaissance de la région PACA Renaud Muselier. En Haute-Garonne, la liste d’union de droite associe LR et Horizons, ce qui fait grincer des dents, surtout quand le président des Républicains est à la fois candidat à la prochaine présidentielle et candidat aux sénatoriales de Vendée : la volonté de faire nationalement une campagne très à droite n’écarte pas la nécessité de devoir prendre en compte des contingences locales aux couleurs « centrales ».
Comment, au niveau présidentiel, faire campagne contre Édouard Philippe quand, sur le plan local, on admet l’alliance avec les représentants d’Horizons ? Or tourner la page du macronisme se posera quand même au niveau local, surtout quand on sait que la fragilité de ce dernier aura été sa faible implantation municipale.
Les sénatoriales de 2026 pourraient se caractériser par une situation inverse aux sénatoriales de 2017 où l’on avait constaté un dégagisme contre certains sénateurs sortants.
Des sénateurs « aguerris » ne se représentent plus, ce qui rend incertain le profil des futurs élus, même si la présidence d’un département ou d’une association locale de maires, voire d’une intercommunalité importante, constituent des atouts précieux dans une élection où la fin du cumul des mandats a éloigné les maires des sénateurs. Paradoxalement, cette réforme a donné encore plus de poids à ceux qui disposent de ressources « localistes » : pour être élu sénateur, il faut être bien connu du marigot local.
Comme dans les renouvellements précédents, le poids des étiquettes partisanes pèse peu. Au Sénat, le groupe LR pâtit de ne pas avoir trouvé un successeur charismatique à Bruno Retailleau.
Gérard Larcher est à nouveau en campagne pour le perchoir. Depuis la rentrée 2025, il ménage les sénateurs sortants, tout en se félicitant d’avoir diminué les contraintes budgétaires qui avaient été imposées aux collectivités locales lors de la première mouture du Budget 2026.
Le président sortant n’a pas de concurrents déclarés ou pressentis, même si certains songeraient au président du groupe centriste, Hervé Marseille, un habile négociateur et un homme de manœuvres. Mais n’étant pas sortant, il n’a guère la possibilité de proposer ou de suggérer des « postes ». Et surtout, il reste assez discret.
Gérard Larcher tient donc l’assemblée sénatoriale. Mais il est le plus âgé de ceux qui exercent les principales fonctions de l’État. Il y a donc beaucoup d’incertitudes dans cette élection, la dernière avant la présidentielle. Fût-elle au suffrage indirect, la prochaine sénatoriale enverra un message. Mais lequel ?
Jean-François Mayet
Politologue
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