Sénatoriales : la relative continuité
Ce dimanche 27 septembre, il n’y a guère eu de surprises pour les élections sénatoriales.
De manière prévisible, le RN et son allié l’UDR obtiennent des élus qui leur permettront de former un groupe politique. Les deux formations ont des élus dans plusieurs départements où le RN connaît de bons résultats dans les élections au suffrage universel direct et a déjà plusieurs députés : c’est le cas de la Gironde, de l’Hérault ou du Vaucluse. Dans des départements comme les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône dans le Var, le RN et l’UDR raflent même deux sièges.
En Seine-Maritime, le RN fait pour la première fois élire un sénateur dans un département où il n’a aucune mairie : un phénomène déjà constaté en 2023 en Seine-et-Marne et qui tend à confirmer une porosité chez les grands électeurs et un succès auprès des communes rurales et des maires divers droite (DVD). Cette porosité permet aussi bien de faire élire des sénateurs RN que des sénateurs centristes.
Comme LFI qui, pour la première fois, obtient deux sénateurs dans des départements fortement urbanisés (la Haute-Garonne et les Rhône), le RN obtient exclusivement ses élus dans des départements où la proportionnelle est appliquée.
Dans les départements qui appliquent le scrutin majoritaire (ceux qui désignent un ou deux sénateurs), ce sont les formations classiques qui obtiennent plus facilement des élus, avec une prime aux sortants. Les formations classiques y perdent des sièges quand leurs sortants ne se représentent pas. Il n’y a guère eu de surprises dans ces départements où les candidats sont avant tout élus sous leur nom et non en fonction de leurs étiquettes.
La règle selon laquelle « the winner takes all » favorise les formations qui obtiennent le plus de suffrages exprimés et condamne celles qui restent minoritaires. Au niveau des groupes politiques, on note des « grignotages » défavorables aux groupes LR, socialiste et même écologiste.
Par ailleurs, on note un nombre significatif d’élus centristes ou divers-droite. Mais, après tout, l’élection sénatoriale reste favorable aux « modérés ».
Les formations classiques sont davantage des repoussoirs dans les grands départements où elles perdent quelques plumes.
Bref, les sénatoriales 2026 traduisent autant les récentes municipales que certaines tendances de fond.
Comme dans les sénatoriales précédentes, on constate aussi un phénomène d’« opportunisme bicaméral » avec quelques députés – notamment RN – élus à la Haute assemblée. Au bout de quatre ans de mandat, on semble visiblement avoir fait le tour d’une fonction qui a encore moins d’influence, notamment en raison de la dépendance du député envers l’étiquette qui l’a fait élire et d’une perte d’ancrage local (la figure du député-maire qui pouvait superviser tout un écosystème local a disparu). Mais on peut aussi mettre ce phénomène sur le compte du fait que le député a eu le temps de connaître sa circonscription et, surtout, ses élus locaux.
Cette élection ne changera pas non plus l’équilibre dans les différentes instances sénatoriales, même si ces dernières doivent s’efforcer de représenter la configuration politique du Sénat avec la nécessaire prise en compte du groupe UDR-RN. Autrement dit, ce dernier devra notamment être représenté dans le Bureau du Sénat avec une probable vice-présidence de la Haute assemblée. Enfin, la réélection de Gérard Larcher comme Président du Sénat ne semble pas réserver de surprise et l’élu des Yvelines pourra compter sur un nombre conséquent de voix centristes.
Au niveau institutionnel, cette élection est la dernière élection avant la prochaine présidentielle, laquelle sera vraisemblablement suivie d’une dissolution de l’Assemblée nationale.
Depuis quelques années, notamment à cause de l’absence de majorité absolue chez les députés, le Sénat a pris davantage d’influence dans le processus législatif avec davantage de textes votés qui font place aux préoccupations des collectivités territoriales dont, en premier lieu, celles des communes. Si le Sénat est devenu un contre-pouvoir et un contrepoids, la question est de savoir s’il sera un partenaire, un opposant ou un électron libre à l’égard de l’Assemblée nationale. Mais cela découle de la réponse à une autre question, tout aussi basique : qui accédera à la présidence de la République ? Comment le Sénat se positionnera-t-il dans la nouvelle configuration politique qui suivra le départ d’Emmanuel Macron ? En cela, l’élection du 27 septembre 2026 sera fort intéressante.
Jean-François Mayet
Politologue
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