École : revenir aux fondamentaux
Il est tentant, devant des lycées bloqués, de ne voir qu’un problème de maintien de l’ordre. Mais ce serait confondre les symptômes avec les causes. Car la question fondamentale demeure ce que nous avons fait de notre école qui ne transmet plus rien.
Ne cherchons pas d’excuses à la violence. Rien ne justifie qu’on incendie, qu’on frappe ou qu’on détruise. Les professeurs et les élèves qui souhaitent simplement travailler ont droit au respect et à la sécurité. Mais condamner les violences ne dispense nullement de s’interroger sur le désastre éducatif.
Réduire tout le mouvement à une manipulation politique serait donc aussi imprudent que de prendre chaque revendication pour argent comptant.
Rappelons une évidence devenue presque subversive : la première mission de l’école est d’instruire. Lire, écrire, compter, connaître l’histoire de son pays, maîtriser sa langue, comprendre les sciences, découvrir les grandes œuvres de la littérature et les fondements de notre civilisation : voilà ce que les familles sont en droit d’attendre de l’institution scolaire.
L’instruction est la condition de la liberté. Celui qui ne sait pas lire convenablement dépend de ceux qui prétendent penser à sa place. Celui qui ignore l’histoire devient la proie des slogans.
Or notre école semble parfois avoir perdu de vue cette hiérarchie des priorités. On lui demande de réparer toutes les fractures sociales, de transmettre les valeurs du conformisme ambiant et de répondre à toutes les urgences du moment. À force de vouloir tout faire, elle n’accomplit plus correctement sa mission propre.
Au nom de l’égalité, le collège unique a détruit la formation professionnelle. Pourtant, l’égalité des chances ne consiste pas à imposer à tous le même parcours, mais à permettre à chacun de développer ses talents.
À vouloir maintenir artificiellement tout le monde dans un cadre identique, on risque de décourager les meilleurs sans donner de meilleures chances aux plus faibles.
Il faudrait donc retrouver le courage de diversifier les parcours, de valoriser les filières professionnelles et de restaurer une véritable exigence scolaire.
À cette uniformisation s’ajoute l’influence d’un pédagogisme délétère. Bien entendu, la pédagogie est indispensable. Mais aucune méthode ne peut abolir la nécessité de travailler. Le savoir exige de l’attention et de l’effort. Il suppose aussi que l’adulte assume pleinement son autorité intellectuelle et morale.
L’école ne peut cependant pas tout. Elle ne devrait jamais prétendre remplacer la famille, première éducatrice.
Les parents doivent pouvoir choisir une école correspondant à leurs convictions éducatives et rechercher un environnement adapté à leur enfant. La liberté scolaire n’est pas un privilège honteux : elle est une garantie contre la tentation d’imposer à tous une vision unique de l’homme et de la société.
La crise actuelle devrait donc nous conduire à une véritable refondation intellectuelle et morale. Il faut rétablir les savoirs fondamentaux. Il faut aussi cesser de confondre l’éducation avec l’endoctrinement et la citoyenneté avec l’adhésion obligatoire aux mots d’ordre du moment.
La jeunesse a besoin d’espérance et d’appel au dépassement – dans la fidélité aux modèles de notre grande histoire. Une civilisation ne se perpétue pas en répétant à ses enfants qu’ils doivent la contester. Elle doit leur donner les moyens de la connaître, d’en discerner les grandeurs comme les fautes, et de recevoir l’héritage qu’ils auront à leur tour la responsabilité de transmettre.
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