Le PS en sursis
La victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate est nette. Avec près de 80 000 voix et 66 % des suffrages, le fondateur de Place publique a largement distancé Olivier Faure (14 %). Mais derrière ce succès se cache une réalité moins glorieuse : l’effondrement du socialisme français.
La primaire de 2011, qui avait désigné François Hollande, avait attiré près de trois millions de votants. Celle de 2017 en avait encore mobilisé près de deux millions. Aujourd’hui, malgré une consultation ouverte au-delà des seuls militants, quelque 120 000 suffrages exprimés suffisent à désigner le champion de la social-démocratie pour 2027. Le contraste est cruel.
Le parti conserve des élus, mais sa puissance militante s’est effondrée – comme celle des LR.
Il faut pourtant reconnaître un mérite politique à Raphaël Glucksmann : il pose clairement la question des rapports avec La France insoumise. Refuser l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas un simple détail tactique.
Nous ne sommes clairement pas des admirateurs de Glucksmann, aussi socialiste que globaliste, mais il a raison de s’opposer clairement au danger de LFI.
Pourtant, cette rupture annoncée solennellement résistera-t-elle à l’épreuve des urnes ?
Car les appareils politiques ont leurs principes, mais aussi leurs réflexes de survie. Si LFI arrive en tête à gauche, la tentation sera forte, au sein du PS, de se rallier au mouvement mélenchoniste au nom du « rassemblement » et de la lutte contre le « fascisme ». Les élections législatives de 2024 l’ont déjà montré : les désaccords proclamés peuvent s’effacer rapidement devant la nécessité de sauver des circonscriptions.
Glucksmann dispose d’un mandat politique, pas d’un appareil entièrement acquis à ses idées.
Il est donc tout à fait possible que le PS finisse par se soumettre une nouvelle fois à la logique de LFI si celle-ci apparaît en position dominante. Ce n’est pas une certitude, mais un risque majeur.
La victoire de Glucksmann révèle ainsi un paradoxe. La social-démocratie cherche à s’émanciper de Mélenchon au moment même où son affaiblissement la rend dépendante des alliances.
Pour rompre réellement, il lui faudrait une base militante solide, un programme cohérent et le courage de supporter les conséquences électorales de son indépendance. Or c’est précisément ce qui lui manque encore. Le PS peut choisir Glucksmann ; reste à savoir s’il choisira véritablement sa ligne.
Dans la vie politique française, les déclarations d’indépendance sont souvent spectaculaires. Les actes, eux, se mesurent au lendemain des élections.
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