Édouard Philippe, candidat du bloc républicain

Édouard Philippe, candidat du bloc républicain

Il est un peu à mi-chemin entre Attal et Retailleau : s’il assume être de droite, Édouard Philippe ne renie pas son parcours « central » qui a abouti à ce qu’il devienne un prétendant pour la succession à Macron.

Dans son discours tenu dimanche à l’Arena de la Porte de la Chapelle, l’ancien Premier ministre a égrené ses propositions, mais il a aussi exposé son attitude en récusant toute « peopolisation ». Pas question de dévoiler son intimité familiale, une posture qui a certainement fragilisé quelques récents présidents français.

Sur le fond, le candidat s’inscrit dans une droite classique et modérée. Certes, une référence à l’identité française et aux grandes dates de l’histoire de notre pays, mais aussi la volonté de ne pas fuir certains moments controversés (les massacres de Sétif en 1945, etc.) et une allusion aux problèmes migratoires – sur ce point, le candidat n’a pas été très disert. Est-ce un clin d’œil à un électorat plus modéré que le candidat entend capter dans le cadre d’un éventuel second tour qui l’opposerait au RN ?

Édouard Philippe se lance en effet avec un logiciel plus républicain que conservateur. Ainsi, pour l’école, il promet « la plus grande réforme depuis Jules Ferry », même s’il veut plus d’autonomie pour les établissements scolaires et promet ainsi des conseils d’école qui auront des objectifs de résultats scolaires.

Édouard Philippe a aussi surfé sur l’actualité politique avec les polémiques sur l’inaction de la Justice. Tout en saluant l’action du Garde des sceaux Gérald Darmanin, Édouard Philippe a voulu rompre avec certaines situations qui coupent le lien entre le politique et les magistrats, ce lien conspué par des réformes menées surtout sous Hollande. Ainsi, il a promis des instructions individuelles dans les dossiers. C’est une critique de cette autre loi Taubira, également votée en 2013, qui interdit au ministre de la Justice d’adresser aux procureurs de la République des instructions dans des affaires individuelles. Une manière de rebondir dans l’affaire Lyhanna avec une idée claire.

Mais, par prudence, Édouard Philippe n’a rien dit dans le domaine sociétal, soit parce que c’est sensible, soit parce que beaucoup a été fait et que cela ne redore pas pour autant le blason des politiques : Macron n’a-t-il pas fini par se retrouver isolé dans le jeu politique malgré l’inscription de l’avortement dans la Constitution ?

On notera la croyance affichée en une « république laïque, sociale, fraternelle, universaliste ». Philippe n’est pas Attal, mais semble faire sienne l’idée qu’il doit exister un bloc modéré autour d’idées et de propositions partagées dans les cercles dirigeants.

Sur ces points, Philippe se différencie de Retailleau, qui joue surtout sur un terrain de premier tour avec un électorat plus conservateur, certes plus minoritaire, mais plus déterminé. En gros, Retailleau veut être l’homme des valeurs – un clin d’œil à son ancien mentor politique, Philippe de Villiers –, tandis qu’Édouard Philippe serait, lui, l’homme des convictions. Cette perspective différente se voit d’ailleurs dans les ralliements en cours. Alors que Retailleau consolide son bloc d’élus – notamment sénatoriaux –, Philippe élargit déjà le socle de ses soutiens avec des élus et des ministres venus de Renaissance, l’appui de partis politiques comme le parti radical et aussi le soutien de Laurent Wauquiez, que beaucoup qualifieront d’insincère, tant l’intéressé a multiplié les revirements contradictoires…

Concernant les électeurs, il ne faut cependant pas radicaliser les différences. Les thèmes restent foncièrement les mêmes : un attachement à la liberté et un refus de la fiscalité excessive avec un soutien à la France qui travaille et qui produit. Le public de l’Arena aurait très bien pu se retrouver deux semaines avant à Vincennes avec Retailleau.

Qu’est-ce qui différencie un militant qui soutient Édouard Philippe d’un militant qui fait campagne pour Bruno Retailleau ?

Le premier est un électeur de droite qui a cru en Macron, mais a été déçu par lui et admet qu’une page doit être tournée, peu importe ce que l’on dit de l’expérience passée. Le second n’a jamais cru en Macron, mais estime, lui aussi, qu’il faut tourner la page d’un « en même temps » qui ne fait plus recette. Dans les deux cas, il y a l’aveu d’un échec et la volonté de reconnaître qu’une politique de droite a encore du sens en France. Mais une question reste posée : si le RN est assuré d’être opposé à Philippe au second tour, quelle sera alors l’attitude de Retailleau ?

Jean-François Mayet

Politologue

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