Emmanuel Macron et Marc Bloch
Il y a fort longtemps que je ne regarde plus les cérémonies présidées par Emmanuel Macron : il m’est trop pénible de voir cet homme qui semble ne vivre que pour détester et humilier le pays qu’il a mission de gouverner.
En revanche, je lis toujours avec attention les discours car les mots – même utilisés, comme trop souvent par « nos » politicards, pour occulter la vérité – révèlent bien des choses.
En l’occurrence, j’ai donc lu avec quelques jours de retard le discours de « panthéonisation » de Marc Bloch et j’avoue que « Jupiter » s’est surpassé.
Deux choses, en particulier, m’ont frappé : il accuse les autres de ses propres turpitudes ; et il joue à se faire peur en revivant « les heures les plus sombres ».
Naturellement, l’occasion était belle de taper, sans avoir l’air d’y toucher, sur les « extrêmes » – comme si le macronisme n’était pas, lui aussi, lui d’abord devrais-je dire, un extrémisme.
Inutile de dire qu’on ne prendra pas Emmanuel Macron en défaut : il n’a évidemment pas évoqué d’hommes ou de mouvements politiques. Mais point n’est besoin d’être grand clerc pour deviner que LFI et le RN sont visés.
Ainsi voit-on facilement que cette lourde insistance vise le RN : « Qui doutaient de la France, la voyaient déjà décadente, au fond, n’y croyaient plus. L’esprit de défaite, sans cesse entretenu par ceux qui se proclament plus Français que vous. Ce sont toujours les premiers à sacrifier la France aux intérêts de puissances hostiles. Les premiers à la renier. Les premiers à la trahir. Premiers à sacrifier à leurs intérêts un peuple libre, peuple qu’au plus profond d’eux-mêmes, ils n’aiment pas. »
On sait que, depuis des années, la Macronie veut à toute force faire de la droite nationale une officine d’ingérence étrangère (tantôt américaine, tantôt russe, car la cohérence n’étouffe pas « Jupiter »).
Et donc, à défaut de dire que le RN est « nazi », ce qui ne convainc plus grand monde, celui qui devrait être garant de l’unité nationale, nous susurre à l’oreille que les électeurs de Marine Le Pen s’apprêtent à reproduire les mêmes désastres et à nous conduire au même effondrement qu’en 1940.
C’est un procédé assez méprisable car il est impossible de répondre. Si le RN se défend, c’est logiquement qu’il s’est senti visé et que, par conséquent, Emmanuel Macron avait raison de nous mettre en garde !
Mais, outre le traditionnel cirque antifasciste, le chef de l’État a le front de prêter aux autres ses propres défauts.
Ainsi lit-on : « Dilexit veritatem : il a chéri la vérité. Épitaphe et boussole, idéal démocratique qui rejoint le métier de l’historien. » Entre les lignes, on comprend que lui-même, héritier de Marc Bloch, est un dévot de la vérité quand ses adversaires – les « extrêmes » si vous ne suivez pas ! – la haïssent. Soit. Mais n’est-ce pas Emmanuel Macron qui multiplie les prises de position en tous sens, manifestant un profond mépris pour la vérité (la crise sanitaire a illustré cet avènement de la post-vérité jusqu’à la caricature) ? Il critique la bureaucratie, mais n’est-il pas le bureaucrate le plus emblématique de notre époque ?
Le plus sidérant est que notre sémillant président conclut sur cette citation de Marc Bloch : « La France demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. » Lui qui n’a cessé de nier l’existence même de la culture française et se vante de n’avoir rien de commun avec les « Gaulois réfractaires » !
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