L’addiction aux interdictions

L’addiction aux interdictions

L’élection présidentielle approche à grands pas et on aimerait bien connaître les thèmes qui seront discutés. Parce qu’au-delà des récentes manifestations et des péripéties qui émaillent l’actualité, il y a de quoi alimenter la discussion pour peu qu’on prenne tout cela au sérieux.

Pourtant, en l’espace de quelques jours, plusieurs démarches ont révélé que quelque chose ne tourne pas rond dans notre pays : cela devrait inquiéter tous les partisans des libertés.

À la suite de l’assassinat de Trappes beaucoup sont allés jusqu’à demander de pénaliser l’usage de la notion de « grand remplacement ». Quoi que l’on pense de cette notion – qui doit être débattue –, vouloir son interdiction revient à créer un délit d’opinion.

Dans ce cas, si on interdit d’en parler, comment faire à l’égard de ceux qui, à l’instar de Mélenchon et de LFI, en font l’éloge ? Ou, pire, que se passerait-il si une personne en parlait de manière accidentelle ?

Ce qui se profile, ce n’est plus la protection légitime de la cité contre les appels à la haine, mais la criminalisation de la discussion publique où chaque mot devient suspect.

Dans le même esprit, l’interdiction du rassemblement public de Polémia sur la remigration doit interroger.

Prévu le 31 octobre dernier, il a été interdit à la demande du ministère de l’Intérieur qui a missionné le préfet des Hauts-de-Seine pour prendre un arrêté préfectoral.

Les termes de cet arrêté sont éloquents avec un parti-pris avéré. Sur ce plan aussi, on peut être franchement inquiet.

Quoi que l’on pense de la « remigration » et même si on la considère comme ni souhaitable, ni faisable, elle ne peut être assimilée à un appel à la haine ou à une démarche de purification ethnique.

Souhaiter le départ d’étrangers, voire de personnes d’origine étrangère, ne franchit pas la ligne rouge, tant qu’on la conçoit sur la base du volontariat ou de l’incitation ; ce n’est que forcée et encouragée par la violence, avec la destruction des personnes visées, qu’elle devient inacceptable.

Ce concept doit être critiqué dans le cadre d’un libre débat, et non être considéré comme un appel à la haine raciale. Cette polémique en dit long sur la manière dont le débat sur l’immigration est criminalisé.

Dans ce triste jeu, la gauche se hisse en avant-garde d’une société de surveillance, mais le danger est que la droite ne se joigne au cortège par son silence en laissant faire et laissant dire, alors que cette addiction aux interdictions pollue la vie en société.

Car dans cette pente où l’on s’affranchit du bon sens, on glisse de façon inquiétante, comme avec ces appels à poursuivre Jordan Bardella (!) dans le meurtre de Trappes. C’est la causalité en matière de responsabilité pénale qui est ici caricaturée. Comme si le fait de croiser fortuitement dans le métro un délinquant sous bracelet électronique équivalait à une complicité !

De telles démarches démontrent la fragilité de la réflexion dans notre pays. La gauche se plaint des interdictions de manifestation et de la répression, mais n’arrive pas à comprendre que les libertés sont une et qu’interdire de discuter de certaines idées, c’est aussi heurter une autre forme de manifestation, celle des opinions.

Dernier signe inquiétant : dans le cadre de la discussion du budget, un amendement voté par LFI en commission des Finances retire près de 9 milliards d’euros à l’enseignement privé sous contrat. Ce programme permet de rémunérer les 130 000 enseignants des 7 500 écoles catholiques sous contrat. Rappelons que, depuis la loi Debré de 1959, l’État a des obligations à l’égard de ces écoles.

Une telle suppression revient à annihiler une liberté élémentaire : celle du choix des parents concernant l’école de leurs enfants. Les parents, toutes sensibilités confondues, font le choix de l’école privée qu’ils jugent plus sûre et mieux adaptée. La déliquescence constatée de l’enseignement public a fait de ces écoles un pôle de référence et une valeur-refuge. Menacer les écoles privées, c’est porter atteinte à la liberté de l’enseignement qui a aussi un caractère constitutionnel.

Certes, il reste encore la séance publique à l’Assemblée nationale pour corriger le tir et également le Sénat qui reverra la copie du budget. Mais un tel signe en dit long sur cette étrange société que certains aimeraient forger. On pourra rappeler cette sage maxime : la liberté est la règle et la restriction l’exception.

Jean-François Mayet

Politologue

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