L’armée, dernier recours ?
Il n’y a guère, constatant l’anarchie, le désordre, et parfois les crimes qui se multipliaient dans notre pays, certains évoquaient l’emploi de l’armée pour nettoyer les quartiers perdus de la république et rétablir l’ordre ; pour permettre enfin à l’État de reprendre la main dans une situation qui lui échappait déjà.
Depuis maintenant quelques années, les hordes d’émeutiers et de pillards sont sorties de leurs repaires habituels et sévissent dans les centres des villes. La police et la gendarmerie, bridées par des ordres frileux, sont débordées et, comme pour les incendies de forêts, en viennent à faire la part du feu : protéger les zones essentielles, centres de décision, points névralgiques économiques, etc.
Pour le reste, c’est-à-dire la masse des lieux de vie et de travail des Français, ils font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas assez. Les commerçants en particulier en savent quelque chose.
Et on reparle de l’emploi de l’armée pour les soutenir.
En dehors des situations de conflits armés extérieurs, sur notre sol, nos textes prévoient bien que l’armée peut être le dernier recours dans les situations de menace ou de désordre extrêmes quand tout le reste a échoué.
Mais on ne peut pas dire, pour l’instant, que tout le reste a échoué. Car on n’a pas tout essayé. D’abord, les forces de l’ordre semblent avoir pour consignes de ne pas aller au contact ; à se courir après sans se toucher, ça peut durer longtemps. Je rappelle par ailleurs que nos forces de l’ordre sont armées. Or, même dans les situations de quasi-insurrection comme celles que l’on a connues en juillet 2023, puis maintenant, ou que l’on a connues en Nouvelle-Calédonie ou aux Antilles, l’autorité a toujours préféré la quasi-destruction de quartiers entiers et la mise en danger des citoyens honnêtes, plutôt que de permettre l’ouverture du feu, même limitée, aux cibles les plus dangereuses. Même dans les cas de légitime défense, les policiers hésitent à se servir de leurs armes, de peur sans doute de passer du statut de victime à celui de bourreau, avec les suites judiciaires que l’on connaît.
Certes, nos soldats ne sont ni instruits, ni entraînés, ni équipés, ni, surtout peut-être, armés moralement, pour les missions de maintien de l’ordre. Le soldat est fait pour faire la guerre et pas pour autre chose. On lui a appris à tuer, car la mort est inséparable de l’idée de guerre. C’est comme ça depuis la nuit des temps.
Nos soldats ne supporteront pas de recevoir pavés et cocktails molotov pendant des heures sans broncher, comme nos admirables forces de l’ordre savent le faire. Ils réagiront brutalement. Si on les engage, c’est que le risque est accepté ; sachant toutefois que l’écho des premières interventions « musclées » calmera sans doute beaucoup des émeutiers potentiels.
Mais en refuser l’intervention, quelle que soit la situation, revient à accepter la mise à sac du pays et sa submersion par l’insurrection. Autant alors donner tout de suite les clés de l’Élysée à M. Mélenchon.
Pour éviter d’en arriver là, il faut lâcher la bride à ceux dont c’est le métier. Sinon, étape intermédiaire, les Français, constatant l’incapacité de l’État à les protéger, commenceront à s’en charger eux-mêmes, avec tous les risques que cela comporte. On en parle.
L’armée a toujours craint d’être confrontée à de telles situations, et les militaires sont conscients qu’ils ne sont pas les mieux adaptés à ce genre de mission, qui peut les opposer à d’autres Français – même si beaucoup de leurs « adversaires » ont un comportement qui peut faire douter de leur appartenance réelle à la nation.
Mais si la situation devient catastrophique, comme on peut le craindre maintenant, et que le choix, pour le politique, devient, soit laisser saccager tout un pays, laisser se généraliser l’insurrection, voire les crimes, et menacer les institutions, soit « faire donner la Garde », il n’y aura pas d’hésitation à avoir. Et là, on entendra des bruits de bottes ; mais rassurons-nous, ce seront les nôtres. Nous sommes en guerre d’une certaine façon et, en temps de guerre, il y a des règles du temps de paix qui, temporairement, ne s’appliquent plus.
L’État, trop souvent, par indécision ou lâcheté, laisse se développer des situations insurrectionnelles. Puis, les retenant par la manche, demande à ses forces de rétablir l’ordre, quitte à les blâmer ensuite pour l’avoir fait.
Quand l’incendie, qui aurait pu être circonscrit avec un extincteur, s’est trop développé, il faut appeler les pompiers. On y est presque.
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