L’ère du soupçon

L’ère du soupçon

En décembre 2024, la Cour constitutionnelle roumai­ne annulait le scrutin présidentiel après des soupçons d’ingérence étrangère dans la campagne. Călin Georgescu, arrivé en tête du premier tour, se retrouvait ainsi privé de sa probable victoire par le « gouvernement des juges ».

Aujourd’hui, le voici au cœur d’une nouvelle affaire. Arrêté fin septembre dans le cadre d’une enquête sur une escroquerie présumée, il a été placé en détention provisoire, puis assigné à résidence. Certes, comme tout justiciable, il doit répondre des faits qui lui sont reprochés, mais il bénéficie aussi de la présomption d’innocence.

Or comment convaincre les citoyens que les règles du jeu sont impartiales lorsque les décisions judiciaires concernent un homme qui a bouleversé l’ordre politique établi ?

Il ne suffit pas de proclamer que tout est légal. Il faut encore que les décisions soient compréhensibles, motivées et entourées de garanties suffisantes pour dissiper les soupçons légitimes. La démocratie n’est pas seulement une mécanique institutionnelle ; elle repose aussi sur la confiance du peuple.

À force de traiter les contestataires comme des menaces, les dirigeants prennent le risque de renforcer ceux qu’ils prétendent combattre.

Le succès de Georgescu ne saurait être réduit à une manipulation extérieure, pas plus que toutes ses prises de position ne doivent être sanctifiées au nom de la souveraineté nationale.

Il traduit un phénomène que les élites européennes gagneraient à regarder en face : une partie des citoyens ne se reconnaît plus dans le discours des dirigeants.

Ce malaise ne disparaîtra pas avec une décision de justice. Il ne disparaîtra pas davantage en disqualifiant moralement tous ceux qui expriment leur défiance envers les institutions. Il exige des réponses politiques, une véritable responsabilité des gouvernants et le respect scrupuleux des libertés publiques.

Nos pays méritent mieux qu’un affrontement stérile entre institutions soupçonnées de partialité et opposants persuadés d’être persécutés. Ils méritent que les faits soient établis et que les citoyens puissent se prononcer librement dans un cadre incontestable.

La justice doit être indépendante, mais elle doit aussi inspirer confiance. Inversement, le choix du peuple doit être respecté, mais ne saurait devenir un blanc-seing accordé à quiconque.

C’est à cette double exigence que se mesure une démocratie véritable. Si l’Union européenne veut défendre ses principes, elle doit les appliquer jusque dans les affaires qui dérangent ses certitudes. Car une démocratie qui ne sait plus convaincre les peuples est déjà morte.

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