Le test de l’AfD
Il y a des élections qui se gagnent le soir du scrutin. Et il y a celles dont le véritable enjeu commence le lendemain. La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt appartient manifestement à la seconde catégorie.
Avec près de 44 % des suffrages, l’Alternative für Deutschland (AfD) réalise un résultat historique. Elle double quasiment son score de 2021 et relègue la CDU à moins de 18 %. Dans un Land traditionnellement démocrate-chrétien, la droite populiste devient de loin la première force politique et manque de peu la majorité absolue.
Mais que fera l’AfD de cette victoire ? C’est désormais le véritable test. L’AfD a démontré qu’elle savait conquérir l’électorat. Elle doit maintenant démontrer qu’elle sait gouverner. Remporter une élection en agrégeant les colères et les aspirations au changement est une chose. Construire une majorité, négocier un programme commun, tenir une administration et produire des résultats en est une autre.
Or cette épreuve ne concerne pas seulement l’AfD. Elle concerne toutes les droites européennes, à commencer par le RN chez nous.
Ce n’est plus la gauche mais la fragmentation de la droite elle-même qui constitue le principal obstacle à la constitution d’une majorité de droite.
La CDU refuse de gouverner avec l’AfD. L’AfD, de son côté, ne veut pas se contenter d’un rôle de force d’appoint. Entre les deux, les autres formations ne disposent pas, à elles seules, d’une solution simple. La constitution d’un gouvernement sans l’AfD s’annonce en effet presqu’impossible.
Voilà donc le grand test politique qui commence.
Les droites peuvent-elles travailler ensemble sans exiger l’effacement préalable de leurs différences ? La droite classique peut-elle accepter que l’électorat ait profondément changé ? L’AfD peut-elle transformer son succès électoral en force de gouvernement, en faisant la preuve de sa compétence et de sa capacité à nouer des compromis ?
Il serait trop facile de considérer ce scrutin comme une simple poussée « populiste ». Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, 44 % des électeurs ont choisi l’AfD. On ne gouverne pas durablement un pays en faisant comme si une telle partie du corps électoral n’existait pas.
Saxe-Anhalt pourrait donc être davantage qu’un coup de tonnerre électoral. Ce pourrait être le laboratoire d’une nouvelle droite allemande. Mais pour que cette nouvelle droite devienne une force de gouvernement, il lui faudra apprendre l’art de transformer une victoire contre le système en gouvernement pour le peuple.
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