Les ornières d’Édouard Philippe
Selon les dernières études d’opinion, il est donné favori avec Marine Le Pen : Édouard Philippe serait en bonne position.
Mais, curieusement, les commentateurs se gardent de rappeler les difficultés et les aléas de ces enquêtes : Philippe est bien placé si Attal se range à sa candidature car, sans cette démarche, le candidat Horizons est… derrière Mélenchon (15 % pour le chef des Insoumis).
Sur sa « gauche », il faut convaincre Attal de se rallier à sa candidature. Or, à ce jour, ce n’est pas gagné, même s’il se murmure que les présidents des deux assemblées parlementaires, Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet, sont prêts à tout pour qu’il n’y ait qu’une seule candidature du bloc central. Dans la mesure où Attal est bien derrière Édouard Philippe, c’est donc ce premier qui est censé s’effacer. Mais l’élu des Hauts-de-Seine a lancé sa campagne et ne donne pas le moindre signe de désistement, ni même d’essoufflement.
La bataille de l’image joue à plein et on voit mal un élu très impliqué dans les réseaux sociaux accepter de se mettre aussi facilement hors-jeu. Faudra-t-il attendre que les « huiles » du bloc central soient plus insistantes pour qu’Attal se retire ? On est encore loin du compte. Pour le moment, nous n’en connaissons ni l’heure, ni le jour…
Mais, si le ralliement se fait, il supposerait des concessions qu’Édouard Philippe serait obligé d’accorder pour intégrer Attal dans ses soutiens. On voit mal l’autre ancien Premier ministre de Macron ne rien demander.
Ainsi, le parti Renaissance sera ménagé, comme on peut le pressentir pour les candidatures aux législatives qui doivent suivre la présidentielle.
Or, c’est là que le bât blesse : car, sur sa droite, Philippe est confronté à Retailleau qui ne veut pas abandonner et qui a aussi lancé sa campagne. L’élu vendéen – qui est également candidat aux prochaines sénatoriales – multiplie les réunions publiques et les prises de position et, à la différence d’Attal, il ne se considère pas comme membre du bloc central, ce qui complique singulièrement les choses.
Or, s’il se rallie – quand et comment ? –, il demandera aussi des contreparties, dont l’une pourrait être la nécessité de laisser aux Républicains le plus grand nombre possible de candidatures aux législatives. À ce jour, rien n’est acquis et Bruno Retailleau entend aller jusqu’au bout.
Bref, du côté de la « cuisine interne » et des écuries partisanes, c’est assez compliqué. Mais du point de vue du fond et du positionnement, c’est tout aussi complexe pour Édouard Philippe : il est le candidat du bloc central mais, comme Gabriel Attal, il doit se démarquer à tout prix de Macron avec lequel il avait déjà pris ses distances en 2024 à la suite de la dissolution ratée. Or sur ce point, le candidat multiplie les prises de position comme dans le domaine régalien, mais sans convaincre complètement : Édouard Philippe reste en effet soudé au bloc central qu’il ne peut pas renier.
Il serait piquant de voir l’ancien Premier ministre faire fuir ceux qui gardent une estime pour Macron, alors qu’il existe encore un vivier dans ce segment électoral…
L’équation est donc compliquée : comment attirer le bloc central, tout en tournant la page de Macron, mais sans vraiment renier ce dernier ?
Édouard Philippe doit ménager sa droite comme on le voit avec Retailleau et, en un sens, il le fait déjà en affirmant qu’il peut aussi réunir une droite conservatrice. Mais Édouard Philippe ne peut pas complètement s’arrimer à droite et au centre car, s’il parvient au second tour, il devra aussi convaincre la gauche, même radicale, de voter pour lui face à Marine Le Pen.
Or le barrage au RN est moins évident et, malgré le fait d’avoir été revigoré en juillet 2024, il n’a pas cessé de s’affaiblir : les électeurs de gauche ne veulent pas constituer l’appoint d’Édouard Philippe et on peut penser que Marine Le Pen dispose encore de réserves supplémentaires avec des électeurs en colère de tout bord. Car la difficulté qui pointe, si jamais Philippe était au second tour, serait d’apparaître comme un candidat sortant. À ce niveau, le cahier des charges est encore plus compliqué pour le premier Premier ministre de Macron. En effet, le soir du premier tour se posera la question des dix ans de macronisme. Et une grande partie des Français, y compris au sein de l’électorat modéré, aura envie de tourner la page. Bref, à tous les niveaux, c’est compliqué pour Édouard Philippe dont le dernier écueil serait celui d’une élection par défaut qui paralyserait son mandat présidentiel.
Jean-François Mayet
Politologue
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