Radars : machines à flash, machines à cash

Radars : machines à flash, machines à cash

Alors qu’un radar de chantier est installé depuis le 24 août, Porte de Montreuil, sur le périphérique parisien, et flashe désormais les automobilistes dès 30 km/h, « 40 millions d’automobilistes » dénonce un dispositif qui dessert la sécurité routière au lieu de la renforcer.

Sur place, « 40 millions d’automobilistes » est allé constater le fonctionnement du dispositif et réaliser un comptage du nombre de véhicules flashés en quelques minutes. Un indicateur qui permettra de mesurer concrètement ce que pourrait représenter ce radar en termes de verbalisations et de recettes s’il était maintenu dans le temps.

La sécurité des salariés intervenant sur les chantiers routiers est évidemment une priorité. À Porte de Montreuil, les automobilistes peuvent désormais être verbalisés dès lors que leur vitesse retenue dépasse 30 km/h. Autrement dit, un véhicule circulant à 32 km/h peut être sanctionné.

Pour l’association, cette situation pose une question simple : si le chantier est suffisamment dangereux pour justifier une limitation à 30 km/h et l’installation d’un radar, pourquoi ne pas agir directement sur le danger ?

À la dangerosité du secteur s’ajoute un problème de lisibilité de la signalisation. Dans un environnement où les automobilistes doivent gérer un trafic dense, les changements de voies, les travaux et les multiples informations présentes sur le périphérique, une limitation à 30 km/h doit être annoncée de manière parfaitement claire et immédiatement identifiable.

Pour « 40 millions d’automobilistes », on ne peut pas demander aux automobilistes d’adapter leur comportement à un danger qu’on ne leur signale pas suffisamment clairement, puis les sanctionner lorsqu’ils ne l’ont pas anticipé.

L’association estime que des panneaux d’avertissement lumineux, indiquant clairement la présence d’une zone de travaux, le danger et la limitation de vitesse, permettraient d’attirer davantage l’attention des conducteurs.

« Aujourd’hui, on donne surtout l’impression de vouloir surprendre l’automobiliste. Un panneau lumineux qui annonce clairement le chantier et le danger serait beaucoup plus efficace qu’un radar qui attend que le conducteur dépasse de quelques kilomètres/heure pour le sanctionner. », déclare Philippe Nozière, Président de « 40 millions d’automobilistes ».

En seulement 4 minutes et 39 secondes, les équipes de l’association ont recensé 18 véhicules flashés par le radar.

À partir de cette observation, l’association pourra établir une estimation théorique du nombre de verbalisations que le dispositif pourrait générer sur une journée, puis sur une année s’il fonctionnait au même rythme. Cela représenterait potentiellement 5 574 PV par jour, soit jusqu’à plus de 2 millions de PV par an.

À 135 euros par contravention, le radar pourrait ainsi générer théoriquement 752 516 euros par jour et 274 668 340 euros par an. Bien évidemment, cette extrapolation repose sur une observation ponctuelle de 4 minutes et 39 secondes et ne constitue pas une estimation officielle des recettes du dispositif.

Quelques minutes suffisent pour constater que ce radar peut flasher massivement. Alors, forcément, une question se pose : est-il réellement installé pour protéger les travailleurs ou sommes-nous une nouvelle fois face à un dispositif qui va surtout produire des PV ? La sécurité routière ne peut pas devenir une machine à verbaliser.

Pour « 40 millions d’automobilistes », la priorité doit être de supprimer le risque, et non de sanctionner ceux qui y sont confrontés. Si la présence des travailleurs à proximité du trafic représente un danger, l’association estime qu’il serait plus cohérent de neutraliser une voie, voire deux, afin d’éloigner physiquement les véhicules de la zone de chantier.

Pour l’association, ce radar est devenu le symbole d’une politique de sécurité routière qui confond prévention et répression, elle appelle donc directement Estelle Balit, Déléguée interministérielle à la Sécurité routière, à retirer ce radar et à faire annuler l’ensemble des procès-verbaux dressés depuis sa mise en service.

Pierre Chasseray

Délégué Général de « 40 millions d’automobilistes »

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