LR : l’attente avant la chute ?

LR : l’attente avant la chute ?

Les Républicains sont dans une situation fort étrange : comme les socialistes, ils n’ont pas disparu de la scène politique, mais ils se retrouvent noyés dans un magma de forces politiques au sein duquel ils ne sont pas dominants. Comme le PS, ils n’arrivent pas à reformer l’une des ailes de ce condominium qui régna jusqu’en 2017.

Après neuf ans de pouvoir macronien, ce n’est pas le retour de l’ancien clivage qui se profile, mais un duel bloc central-bloc populiste qui pointe son nez, même si certains redoutent – plus rarement espèrent – un duel Mélenchon-Le Pen.

Certes, à la différence du PS, LR a bon gré mal gré accepté de s’associer à ce bloc central depuis 2024, même si son président, Bruno Retailleau, prétend ne pas appartenir à cette constellation politique.

Alors que le pays n’a jamais été aussi à droite et que le rejet du bloc central est de plus en plus fort, LR n’arrive pas à profiter de la situation.

« La France des honnêtes gens » (le slogan de Retailleau) ne parvient pas à être un thème comparable à celui de la « start-up nation » de 2017. Le parti survit par ses groupes parlementaires, notamment au Sénat, mais peine à agréger différentes couches de la population. Les jeunes sont peu nombreux et le gros danger pour LR est d’avoir une sociologie de militants et des électeurs concentrés sur certains segments générationnels. On retrouve chez LR des seniors et beaucoup de cadres, mais le parti peine à recruter de nouveaux adhérents.

Quand on assiste à une réunion publique du parti, on constate qu’un certain nombre d’anciens continuent à manifester leur fidélité. Car, si le parti a été déserté, il y a encore l’attachement d’adhérents de longue date, ce qui démontre qu’en politique, la fidélité reste un comportement qui joue par-delà les jeux de cadres et d’élus multipliant les allégeances.

Tout comme Édouard Philippe, Retailleau ne décolle pas mais, à la différence du premier, il n’a guère de garanties pour atteindre le second tour.

Que peut-on attendre de Retailleau sur le plan électoral ? Un résultat certainement plus consistant que celui de Pécresse en 2022, avec un candidat plus à l’aise à l’oral et bien plus clair dans ses idées. On peut aussi entrevoir une campagne qui ne démontre pas d’effondrement à ses débuts et, sur ce point, Retailleau n’est pas victime de la malédiction des « petits » candidats de droite, comme Pécresse ou Chaban-Delmas qui patinèrent rapidement et furent l’objet de trahisons.

On estime à 10 % le potentiel électoral de Bruno Retailleau : un potentiel consistant, qui assure le remboursement des dépenses de campagne, mais qui reste insuffisant pour permettre la qualification au second tour. Dans l’histoire de la Ve République, aucun candidat obtenant 10 % des suffrages exprimés au premier tour n’a été qualifié en vue du second. Ainsi, Jean-Marie Le Pen avait obtenu 16 % en 2002 au premier tour.

Cela en dit donc long sur cette difficulté à convaincre l’électeur. À l’image de son parti, Retailleau attire peu l’électorat populaire. On ne perçoit pas chez le sénateur de Vendée une capacité à siphonner les électeurs du RN comparable à Nicolas Sarkozy en 2007. Or, se limiter à des cadres relativement conservateurs aux situations aisées ou relativement correctes ne suffit pas à se présidentialiser, même si Macron avait aussi été en 2017 le candidat d’une France « d’en haut ». Mais il avait bénéficié de l’apport d’un électorat populaire comme celui des banlieues.

Selon certains observateurs, Retailleau serait conscient de cette faiblesse et envisagerait de se rallier à un moment donné. Mais l’intéressé affirme vouloir aller jusqu’au bout.

Pour le moment, mis à part Wauquiez, le gros des élus LR – les parlementaires notamment – soutient Retailleau, y compris le Président du Sénat, Gérard Larcher, dont on dit qu’il avait poussé à la nomination de l’élu vendéen à Beauvau pour se débarrasser d’un concurrent… Mais LR part dans la course au fauteuil suprême avec beaucoup de handicaps.

Enfin, on dit que le parti survit grâce à ses élus locaux et à son implantation territoriale. Il convient d’être nuancé car, dans dans bien des départements, LR ne contrôle ni le conseil départemental, ni la plus grande ville. Il faut descendre en dessous de 100 000 habitants – et encore, le parti est en concurrence avec Horizons. Quant aux petites communes, souvent divers droite (DVD) ou sans étiquette (SE), elles échappent davantage à l’attraction du parti. Bref, pour LR, la présidentielle est déjà une course d’obstacles…

Jean-François Mayet

Politologue

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