Marine Le Pen peut-elle gagner ?

Marine Le Pen peut-elle gagner ?

Depuis que la décision de la cour d’appel a permis à Marine Le Pen d’annoncer sa candidature à la prochaine présidentielle, plusieurs sondages la donnent, non seulement largement en tête au premier tour, mais également victorieuse au second – dans toutes les configurations.

J’avoue que, si je crois volontiers à la nette avance de la candidate du RN au premier tour, je suis plus dubitatif sur la victoire au second.

On nous a trop souvent « fait le coup ». Les sondages permettent le deuxième tour voulu par le « système » : Marine Le Pen face à un autre candidat, du « cercle de la raison », et quinze jours de propagande sur le danger fasciste et sur l’amateurisme du RN suffisent à la victoire du second.

Certes, la propagande anti-fasciste fonctionne de moins en moins bien. Mais les dernières législatives ont permis de constater qu’elle n’était pas sans effet.

Et le procès en amateurisme pourrait s’avérer encore plus efficace. Bien sûr, il est facile de répondre que le bilan des « non-amateurs » est tellement cataclysmique qu’un singe ferait mieux qu’eux. Mais encore faut-il passer ce message aux destinataires – spécialement aux retraités qui demeurent l’électorat le plus rétif au vote RN et qui « s’informent » principalement avec la télévision dont nous pouvons, sans risque, parier qu’elle fera campagne pour l’adversaire de Marine Le Pen.

La victoire de cette dernière ne me paraît pas impossible, mais il est urgent de combler les manques – à moins, bien sûr, qu’elle ne désire pas vraiment gagner, ce qui, dans l’état actuel du pays, pourrait se comprendre, mais serait fort inquiétant !

La première chose qui manque, me semble-t-il, est une alliance de second tour. Il est assez habituel de dire que le RN est le nouveau RPR (un parti de masse, taillé pour la présidentielle). Mais, en ce cas, il lui faut une nouvelle UDF (un parti fondé sur les « notables de province » et disposant d’un programme différent de celui du RPR).

Le RN n’a jamais vraiment eu d’alliés (parce que la « droite parlementaire » le jugeait infréquentable et que lui-même n’a guère l’esprit de coalition et préfère les ralliés aux alliés).

La naissance de l’UDR d’Éric Ciotti est une première étape. Mais nous verrons quelle indépendance ce mouvement pourra avoir pendant la campagne – notamment pour aller chercher les élus LR qui pourraient soutenir publiquement la droite nationale au second tour, surtout dans l’hypothèse d’un second tour face à Jean-Luc Mélenchon.

Mais cette droite conservatrice, qui devrait logiquement être alliée (au moins au deuxième tour) du RN, n’aurait pas seulement un intérêt pour la conquête du pouvoir. Elle permettrait surtout de gouverner.

Car le plus grand risque, selon moi, serait une victoire de Marine Le Pen suivie d’une grande déception parce que les cent premiers jours n’auraient pas été correctement préparés. Cette préparation exige des contacts suivis avec les meilleurs représentants des élites et je ne crois pas me tromper en disant que la plupart des cadres du RN demeurent indifférents au soutien des chefs d’entreprise et des hauts fonctionnaires. On peut les comprendre en termes de poids électoral. En revanche, il sera impossible de gouverner sans un soutien d’une partie au moins des élites. C’est cela aussi que pourrait apporter la droite conservatrice.

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