Redécouvrir Curzio Malaparte
Les éditions Gallimard viennent d’éditer sous le titre « Exils » un recueil d’œuvres choisies de Curzio Malaparte, figure de proue de la littérature italienne au siècle dernier. Un mot pour saluer la parution de cet ouvrage de 1 312 pages : stop, affaire !
Il y a bien des années que nous avons découvert « Kaputt » dans son édition de poche, une des œuvres majeures de l’intéressé, issue de son vécu de correspondant de guerre sur le front de l’Est.
Cela démarre en Suède comme une invitation au voyage : « À travers les chênes de l’Oakhill… le vent apportait une tendre et triste plainte… » Et plus loin : « Un brouillard bleu montait de la mer. »
C’est cela, Malaparte un univers de vibrations, qui vous prend par la main. On n’est pas loin du sortilège.
Ensuite, plus loin vers le nord, en Finlande, à une heure improbable, un dîner chez le gouverneur de Laponie éclairé par l’étrange lumière boréale : « Il devait être minuit, l’aveuglante lumière nocturne entrait par la fenêtre. » Et pour parfaire ce tableau, accrochant le regard de Malaparte, les épaules nues, à l’éclat sans doute stendhalien, de sa voisine en robe décolletée malgré le froid.
Malaparte est un scénariste qui a l’instinct du moment. On aurait aimé être de cette tablée baignée par la lumière « spectrale » du Nord et lever avec les autres convives le verre de cognac copieusement rempli en déclamant à la finlandaise : Malianne !
Dans « Le journal d’un étranger à Paris », l’auteur nous décrit le Paris de l’immédiat après-guerre au contact de personnalités du monde de la politique et des arts.
Il nous livre aussi des considérations, dont une certaine ironie n’est pas absente d’ailleurs, sur les Français. C’est le regard acéré qu’il savait porter sur le monde et qui a contribué à sa réputation.
Un des temps forts de cette immersion parisienne est l’hommage rendu à la femme française. Elle est, selon Malaparte, « la plus sûre d’Europe » et le pivot de la société française (p. 1251).
Il nous confie encore qu’il n’a jamais connu intimement une Française « car il est trop timide » pour aimer une Française. On n’est pas obligé de croire ce séducteur assumé.
Malaparte est une personnalité entourée d’un grand respect du fait de son parcours personnel compliqué, voire aventureux et de son talent d’auteur.
Nous vivons une époque marquée par l’intolérance. Souvenons-nous que « le spectacle des injustices et des excès accompagne inévitablement le sectarisme » (p. 1114).
En cela, et pour des tas d’autres raisons, cet auteur demeure d’une actualité certaine.
Son ressort a été une défense intransigeante de la liberté, démarche servie par une lucidité sans faille sur le monde, les hommes et lui-même…
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