Wokisme et université

Wokisme et université

Certaines affaires racontent mieux leur époque que de longs discours. Celle de Jason Arday, professeur de sociologie d’origine ghanéenne et « neurodivergent » (si j’ai bien compris, c’est le terme « chic » pour parler d’autisme) à Cambridge, en est une.

Pendant plusieurs semaines, une question apparemment simple a été posée : ses travaux universitaires résultent-ils de plagiat ? Des chercheurs et des journalistes ont relevé des similitudes considérables entre la thèse de doctorat d’Arday et des travaux antérieurs. Les accusations se sont ensuite étendues à plusieurs de ses publications et à certains éléments de son parcours personnel et professionnel.

La prestigieuse université, qui avait manifestement embauché Arday sur des critères de « discrimination positive », a finalement annoncé une enquête.

Jusque-là, nous sommes dans le domaine classique de la probité universitaire. Les preuves doivent être examinées. Le chercheur doit pouvoir se défendre. Et, surtout, une université digne de ce nom doit être capable de rechercher la vérité, même lorsque celle-ci est embarrassante.

Mais la partie la plus intéressante de cette affaire concerne celui qui a porté les accusations sur la place publique, Nathan Cofnas : il s’est lui-même retrouvé sous le coup d’une procédure disciplinaire. L’université de Gand l’a suspendu à titre conservatoire et a ouvert une enquête préliminaire pour discrimination. Quelques jours plus tard, une mesure disciplinaire de trois mois lui interdisait d’enseigner.

Naturellement, Cofnas n’est pas innocenté par le simple fait d’avoir posé une question gênante, pas davantage qu’Arday n’est coupable du seul fait d’avoir été accusé.

Mais le paradoxe demeure.

Notre université est bien malade quand celui qui demande une vérification des sources – la base même du travail académique – devient pour cela l’objet principal d’une enquête.

Certes, Cofnas est lui-même un personnage « controversé » ; ses travaux sur la race et l’intelligence notamment lui ont valu de nombreuses critiques.

Cela permet à ses adversaires de suggérer que ses motivations seraient suspectes.

Mais la vérité ne devient pas fausse parce qu’elle sort de la bouche d’un homme qui nous déplairait. L’université devrait être, au contraire, un lieu où les personnes comptent moins que les arguments.

Or l’affaire Arday donne l’impression inverse.

Il ne s’agit pas de savoir si Jason Arday était noir ou si Nathan Cofnas est de droite. Tout cela peut expliquer les passions suscitées par l’affaire mais ne tranche pas la question essentielle : leurs recherches étaient-elles honnêtes, leurs résultats sont-ils vrais ?

L’université contemporaine s’est malheureusement habituée à confondre deux choses : la justice et la représentation. Il faudrait que les institutions ressemblent à la société et que certaines « minorités » soient davantage représentées. Soit. Mais l’excellence académique ne peut pas être remplacée par l’exemplarité biographique. Une université n’est pas un musée des « success stories ». Elle est une institution consacrée à la recherche de la vérité.

Et la vérité possède cette étrange propriété de ne pas demander qui la découvre.

L’université doit accepter cette règle élémentaire : on ne protège pas la vérité en protégeant les réputations. Et surtout, on ne défend pas la liberté académique en punissant celui qui pose des questions que personne ne voulait entendre.

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