À propos du rapport Alloncle

À propos du rapport Alloncle

À  l’heure où j’écris ces lignes, nous ignorons encore quel sera le sort du rapport rédigé par le député UDR Charles Alloncle sur l’audiovisuel public.

Mais le simple fait qu’il soit sérieusement question de le censurer est, en soi, extrêmement problématique.

Plusieurs députés, notamment de gauche, ont fait part de leur volonté de voter contre la publication de ce rapport. Pour des raisons qui sont joliment résumées par le député Modem Erwan Balanant : « Ce rapport n’est pas bon. À l’image des auditions, il y a des mises en cause personnelles qui n’ont rien à faire dans un rapport parlementaire. Des manipulations de chiffres qui sont complètement éhontées. »

N’ayant pas pu lire – et pour cause ! – ce rapport, je ne puis en juger.

Mais j’ai travaillé suffisamment longtemps au parlement pour être assuré que le rapport a dû être principalement écrit par des administrateurs (les hauts fonctionnaires de l’Assemblée et du Sénat) – qui sont presque tous excellents et qui, dans l’écriture de leurs rapports, font généralement preuve d’une remarquable impartialité.

Je doute donc fort que ce rapport soit mauvais, qu’il manipule les chiffres – et encore davantage qu’il contienne des mises en cause personnelles (voire des propos « proches de la diffamation » comme l’a affirmé la députée PS Ayda Hadizadeh).

Il me semble encore plus absurde d’accuser Vincent Bolloré et les médias qu’il possède d’avoir manipulé le rapporteur – voire d’avoir « parlé à travers lui » comme l’a affirmé le très gauchiste banquier d’affaires Matthieu Pigasse.

Ce qui est fascinant dans ce psycho-drame, c’est l’absence totale de sens du ridicule de la part des censeurs.

Ainsi donc le service public de l’audiovisuel serait menacé parce que les médias de Bolloré touchent une mini-part de l’audience nationale (rappelons que CNews représente un peu plus de 3 % de part d’audience quand France Télévisions représente 10 fois plus).

Ainsi donc la démocratie serait en danger parce qu’un député ferait son travail en contrôlant l’usage des deniers publics.

Tout ceci est caricaturalement révélateur. Ce qui est reproché à Charles Alloncle, c’est d’avoir mis en lumière, au cours d’auditions fort bien préparées, les conflits d’intérêts et les gaspillages qui permettent au Pouvoir de contrôler le « narratif » comme on dit désormais. Et ce qui est reproché à Vincent Bolloré, c’est d’avoir attaqué le monopole médiatique de la gauche.

Mais au nom de quoi les Français de droite devraient-ils payer pour se faire insulter ?

Matthieu Pigasse a même poussé le ridicule jusqu’à prétendre que France Télévisions coûtait beaucoup moins cher que Canal+. Je ne suis pas certain que son calcul soit juste, mais je suis certain d’une chose : personne n’est obligé de s’abonner à Canal+, alors que tout le monde est tenu de financer France Télévisions. Il est curieux de ne pas voir que cette différence majeure devrait imposer au groupe de Mme Ernotte un minimum de rigueur budgétaire et un minimum d’impartialité…

Toutes ces attaques contre MM. Alloncle et Bolloré ne prou­vent qu’une chose : la gauche est si peu convaincue de ses propres arguments qu’elle exige un monopole médiatique.

Notons que ni Charles Alloncle, ni Vincent Bolloré ne réclament la privatisation de l’audiovisuel public. Mais, pour ma part, je ne vois vraiment aucune raison de penser que l’État serait compétent en matière d’audiovisuel. Même si France Télévisions était bien gérée et impartiale – et nous en sommes bien loin !

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