Faire taire toute voix discordante

Faire taire toute voix discordante

Voici du moins une obligation de quitter le territoire français (OQTF) qui aura été rapidement mise en œuvre !

Alors que près de 90 % des OQTF ne sont pas appliquées (et qu’un nombre non négligeable d’immigrés clandestins sous OQTF deviennent auteurs de crimes atroces), l’arrêté d’expulsion contre la journaliste russe Xenia Fedorova a été promulgué avec une rapidité record – et il n’y a guère de doute que cette expulsion sera appliquée rapidement et fermement, montrant au passage que, si l’État voulait réellement faire appliquer ses propres lois, il le pourrait aisément.

Xenia Fedorova a été, jusqu’en 2022, la rédactrice en chef de la chaîne russe RT en langue française.

Cette chaîne ayant été fermée par l’UE, la journaliste était récemment devenue chroniqueuse sur C8, puis CNews.

J’ai été souvent en désaccord avec ce que j’ai lu ou entendu de Xenia Fedorova. Mais la faire taire dans les conditions actuelles pose de redoutables problèmes.

Jusqu’à plus ample informé, la France n’est pas en guerre avec la Russie et n’a donc pas de raison d’interdire des discours favorables aux vues du Kremlin.

Priver une journaliste russe de son titre de séjour relève de la souveraineté française – et ne pose donc pas de problème de principe (même si les journalistes d’autres nations au moins aussi belliqueuses que la Russie contre la France ne font pas l’objet des mêmes censures). Mais geler ses avoirs, en prétendant qu’elle met en péril les intérêts de la nation, est nettement plus dangereux.

On sait qu’en temps de guerre, la vérité figure parmi les premières victimes et, bien entendu, la voix du Kremlin ou celle de journalistes qui lui sont favorables sont sujettes à caution. Mais ne pas écouter le discours russe est aussi le plus sûr moyen d’être livré à des propagandes en sens inverse – celle de Bruxelles en particulier dans le cas qui nous occupe.

Pour lutter contre une propagande, l’argumentation est une bien meilleure arme qu’une propagande en sens contraire – même si, hélas, cette dernière s’impose souvent plus facilement que la vérité !

Mais, surtout, on voit mal pourquoi le Pouvoir, ainsi encouragé, n’utiliserait pas des armes semblables contre toute voix qui lui déplairait.

Manifestement, il suffit de dire de quelqu’un qu’il attente aux intérêts fondamentaux de la France pour l’assigner à résidence et geler ses avoirs.

Or, Emmanuel Macron a déclaré à maintes reprises que les programmes de ses adversaires politiques mettaient en péril les intérêts français.

Bien sûr, il ne semble pas très probable, à l’heure où j’écris ces lignes, que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon se voient ainsi réduits au silence par l’administration ou la justice.

Mais le simple fait que cela soit possible est, en soi, extrêmement grave.

Nous avons souvent dit, dans ces colonnes, que nos libertés publiques avaient considérablement reculé au cours des dernières années. Le plus souvent, pour « d’excellentes raisons ». Qui défendrait la pédopornographie ou le terrorisme djihadiste ? Mais l’enfer est pavé des meilleures intentions. Il est beaucoup plus prudent de ne pas se croire omniscient et de laisser les avis contraires s’exprimer dans l’espace public, en opposant des arguments rationnels à ce que nous contestons.

Le grand Soljenitsyne disait naguère dans son discours de Harvard : « Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur. » C’est encore plus vrai aujourd’hui !

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