Le non islandais
Le 29 août, les Islandais ont refusé, par 52,8 % des voix, la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne. La participation, supérieure à 82 %, donne à ce résultat une portée politique difficile à minimiser.
Certes, les Islandais ne votaient pas directement sur l’adhésion. La question était de savoir s’il fallait rouvrir des négociations suspendues depuis 2015.
Mais le « oui » aurait constitué la première étape vers une adhésion pleine et entière. Le « non », lui, signifie que le peuple islandais ne souhaite pas emprunter ce chemin.
Pourquoi ? Principalement pour une raison que les Européens feraient bien de ne pas mépriser : la souveraineté.
L’Islande n’est pourtant pas une forteresse coupée de l’Europe. Elle appartient depuis 1994 à l’espace économique européen et bénéficie donc d’un accès au marché unique. Elle participe à l’espace Schengen. Les Islandais connaissent donc déjà une bonne partie des avantages de la coopération européenne sans avoir accepté de transférer à Bruxelles l’ensemble de leur souveraineté.
Le sujet le plus sensible concerne la pêche. Pour cette nation insulaire, elle n’est pas une activité économique parmi d’autres : elle touche à l’identité et à l’indépendance du pays.
Il y a là une leçon pour tous ceux qui expliquent inlassablement que l’intégration européenne serait l’horizon naturel de tout peuple raisonnable.
L’Islande est prospère, démocratique, membre de l’OTAN, intégrée économiquement à l’Europe. Elle ne vit donc nullement dans l’isolement. Elle rappelle simplement qu’il existe une différence entre coopérer avec ses voisins et abandonner à une institution supranationale sa capacité à décider pour soi-même de son avenir.
Le résultat est d’autant plus significatif que Bruxelles aurait aimé voir l’Islande revenir dans le processus d’élargissement, dans un contexte géopolitique où l’Union cherche à renforcer son influence dans l’Arctique et en Europe.
Le vote islandais constitue donc un revers politique pour les partisans d’une fuite en avant européenne. Il serait cependant excessif d’y voir un rejet de l’Europe. Les Islandais refusent juste de confondre Europe et Union européenne.
Voilà peut-être la véritable leçon du scrutin : on peut aimer l’Europe sans vouloir dissoudre les nations qui la composent. Et, à une époque où l’on prétend souvent que la souveraineté serait une nostalgie dangereuse, les Islandais nous rappellent qu’elle demeure une réalité politique bien concrète.
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