Le procès d’un État irresponsable
Publié chez Fayard, Le Casse du siècle, premier livre de Sarah Knafo, se présente comme une enquête à charge contre un système public dont les dépenses sont devenues incontrôlables.
Le titre donne le ton. Sarah Knafo ne propose pas une énième méditation sur la « soutenabilité » de la dette. Elle parle de casse. Le mot est brutal, presque judiciaire. L’auteur revendique cette démarche : le lecteur doit entrer dans le livre en victime et en sortir en juge.
La force première du livre est pédagogique. Sarah Knafo s’attaque à un sujet dont la technicité sert trop souvent d’écran de fumée. Les questions budgétaires semblent réservées aux initiés. L’auteur ramène la question à l’échelle du citoyen.
Où va l’argent ? Qui le prélève ? Que reçoit en retour celui qui travaille et paie ? Et pourquoi l’augmentation de la dépense ne produit-elle pas nécessairement un service public à la hauteur des prélèvements ?
L’idée la plus efficace du livre est de partir de la fiche de paie. Dans son entretien au JDD, Sarah Knafo prend l’exemple d’un salarié médian et compare le coût de son travail à ce qu’il perçoit effectivement. Elle veut rendre visible ce que les prélèvements successifs ont d’abstrait. L’intuition est claire : un impôt n’est jamais seulement une ligne comptable, c’est une part du travail d’un Français.
On pourra reprocher à Sarah Knafo le caractère maximaliste de son réquisitoire. Le risque est certainement de transformer une pathologie complexe en récit trop simple : d’un côté les Français qui paient, de l’autre un système qui gaspille.
Mais le mérite du livre est précisément de refuser la résignation. Là où tant d’essais constatent la dette ou le déficit avant de conclure qu’il faudrait « agir », Sarah Knafo entend descendre dans la mécanique des dépenses et proposer des économies. Le livre ne se contente donc pas d’un procès : il veut être un programme d’économies (130 milliards d’euros), et une méthode de gouvernement.
C’est ce qui donne au livre sa dimension politique. Il défend une certaine idée de l’État : moins prodigue, plus concentré sur ses missions essentielles, plus exigeant sur les résultats. La puissance publique ne se mesure pas au volume des crédits qu’elle distribue, mais à sa capacité à assurer effectivement ses missions.
Il faut donc lire ce livre moins comme un manuel de finances publiques que comme un acte d’accusation destiné à déplacer le débat.
Ses chiffres appellent vérification, ses propositions discussion, et ses conclusions peuvent susciter des désaccords. C’est même la moindre des choses pour un ouvrage politique.
Mais l’essentiel demeure : Sarah Knafo pose une question que le débat public français préfère trop souvent occulter. Jusqu’à quand peut-on augmenter les prélèvements, multiplier les dispositifs, empiler les administrations et laisser croître la dette sans demander sérieusement ce que tout cela produit ?
La réponse exige des comptes, des comparaisons, des arbitrages et du courage. Le mérite de ce livre courageux et efficace est de rappeler qu’en matière d’argent public, la première vertu n’est peut-être ni la générosité ni la dépense : c’est la responsabilité.
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