Léon XIV et l’espérance

Léon XIV et l’espérance

La visite de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, a révélé un pays que l’on croyait connaître et une espérance catholique que beaucoup n’avaient pas vu venir.

Il y a quelque ironie à voir le président de la République, si soucieux d’entretenir une relation privilégiée avec les papes, devoir se contenter d’un accueil relativement protocolaire.

Le « en même temps » trouve ici sa limite. On ne peut vouloir paraître proche du pape et défendre une conception de la société avec laquelle le Pape manifeste publiquement son désaccord. En tout cas, Léon XIV n’était manifestement pas venu jouer les figurants dans une cérémonie républicaine. Et il faut lui savoir gré de cette liberté.

L’un des moments les plus saisissants de cette visite a été la rencontre avec 80 000 jeunes au Stade de France – y compris de nombreux catéchumènes, ces adultes qui demandent le baptême dans une société qui ne sait même plus ce que c’est ! L’Église connaît une crise profonde et, pourtant, un renouveau – que le voyage pontifical révèle – se dessine sous nos yeux. Et puis il y eut le spectacle, magnifique fresque historique et spirituelle.

On a parlé du Puy du Fou. Et il y avait de cela. Car, ici, l’histoire n’était pas proposée comme un musée, mais comme un héritage vivant. Le contraste avec la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques est inévitable. Deux spectacles, deux imaginaires, deux rapports au passé.

Mais Léon XIV n’est pas venu uniquement pour produire de belles images. Il a parlé. Souvent avec une fermeté dont nous avions perdu l’habitude.

À l’Élysée, alors que le Parlement vient d’adopter la loi sur la fin de vie, il a dénoncé « l’offre d’une mort programmée », mais aussi les manipulations génétiques, la gestation pour autrui ou l’achat d’organes.

Il n’a évidemment pas tranché en quelques mots des débats politiques et moraux complexes. Mais il a offert des repères nets et un principe fondamental : la dignité humaine ne dépend pas de l’autonomie ou de la productivité. C’est même précisément sur le traitement de l’homme vulnérable que la civilisation est jugée.

Même fermeté sur la laïcité. Léon XIV n’a pas appelé à remettre en cause la séparation des Églises et de l’État. Il a défendu une « juste laïcité », qui ne consiste pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation.

Le catholicisme n’est pas une maladie honteuse que la République tolérerait à condition qu’il reste enfermé dans les sacristies.

Mais l’essentiel de ce voyage réside dans le mot « espérance ».

Aux évêques de France, Léon XIV a demandé : « Levez-vous donc avec espérance ! » Ce n’est pas une formule pieuse destinée à consoler une Église vieillissante. C’est un ordre de marche. Car la France catholique n’est pas morte. Elle est blessée, certainement. Elle connaît des divisions, des scandales, des désertions massives, des paroisses fragiles et des communautés parfois vieillissantes. Le pape n’a d’ailleurs pas cherché à masquer ces réalités.

Mais il a vu autre chose.

Il a vu notamment cette jeunesse française qui, loin d’avoir honte du christianisme, semble découvrir avec étonnement qu’elle peut en être fière.

Et il lui a dit de combattre. Mais ce combat ne consistera pas à rêver de restaurer artificiellement un monde disparu, mais à transmettre une foi ancienne à une génération nouvelle.

Et surtout, elle cessera peut-être de s’excuser d’être catholique. C’est cela que Léon XIV semble avoir aperçu en France. Et cela mérite d’être regardé.

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