Suisse : une leçon de démocratie

Suisse : une leçon de démocratie

L’UE subit depuis plusieurs décennies une immigration issue des pays du sud devenue déferlante.

Cette vague migratoire n’épargne pas la paisible et prospère Suisse et l’on apprend que sa population de 9,1 millions d’habitants compte désormais près de 25 % d’étrangers.

Le plus important parti du pays, l’Union démocratique du Centre (UDC), de tendance droite conservatrice, s’en inquiète. Il a provoqué, la tenue, le dimanche 14 juin, d’un référendum visant à poser une sorte de règle d’or : le plafonnement de la population suisse à 10 millions de résidents.

Eh oui, en Suisse, on est lucide et on pratique la démocratie directe. Quand un problème se pose, sur la base d’une pétition de déclenchement, une consultation populaire peut être organisée même si cela ne plaît pas à la classe politique.

C’est ainsi que, le Conseil fédéral suisse ne voyait pas ce référendum d’un bon œil. Il était même inquiet car le oui pouvait l’emporter et il craignait que cela ne compliquât la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE. Mais, en Suisse, la souveraineté nationale n’est pas qu’une proclamation. Ce sont les citoyens qui commandent. Ce que nous comprenons, c’est qu’il y a sans doute une proportion non négligeable d’européistes parmi les dirigeants suisses.

Finalement, l’initiative de l’UDC n’a pas prospéré. Le plafonnement a été rejeté avec un score franc de 54 % de contre et une participation élevée de 59 %.

Ce qui va nous intéresser, nous, ici, de ce côté de la frontière, c’est de comparer avec notre pratique institutionnelle.

En France, nous avons un dispositif qui fait de la décision d’organiser un référendum une prérogative exclusivement présidentielle. Si le locataire de l’Élysée est, comme actuellement, une personnalité hostile à la démocratie directe – même si, à différentes reprises, il a fait mine d’y adhérer –, le débat politique demeure circonscrit entre l’exécutif, les assemblées et les technostructures administratives centrales.

D’où un sérieux malaise dans l’opinion, qui se voit, en temps ordinaire, marginalisée, réduite au rôle de comparse. Privée de la possibilité « de dire son mot sur ses propres affaires » (Carré de Malberg). Il en résulte qu’il n’y a pas de contrôle citoyen exercé sur la manière dont les gouvernants mènent les affaires de l’État. C’est la grande infirmité qui affecte le système politique français.

Jamais consultés en temps normal, c’est-à-dire hors des séquences électorales, beaucoup de nos compatriotes mesurent que les affaires du pays sont décidées par-dessus leur tête, mais avec leur argent,

On pensera, entre autres, au soutien aventureux et ruineux à l’Ukraine ou au dispendieux programme énergétique à 10 ans (PPE 3). Force est toutefois de remarquer que, jusqu’ici, parmi les candidats à la présidentielle, un seul entend impliquer les citoyens en faisant du référendum un instrument courant de gouvernance. Et de la sorte, que le principe de la République énoncé à l’article 2 de la Constitution cesse de n’être qu’une « noix creuse » , pour reprendre une formule imagée dont le président Edgar Faure avait le secret.

Pour le reste, le plafonnement de la population est sans doute l’un des procédés salvateurs à retenir pour préserver l’identité d’un pays. Éviter qu’il ne devienne un caravansérail. En refusant d’y souscrire, les Suisses ont peut-être manqué une occasion de bien préserver leur beau pays et sa qualité de vie. Peut-être qu’un jour, en Suisse aussi, en écho au concept de « nouvelle France », on parlera de « nouvelle Suisse ».

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