Délit d’opinion
Le 3 juin dernier, le gouvernement a dissous un mouvement identitaire du Sud-Ouest appelé « Patria Albiges ». J’ignore tout de ce mouvement, mais les attendus du décret de dissolution sont ahurissants (et profondément inquiétants).
On lit ainsi qu’à l’occasion de l’attentat islamiste dans le parc d’Annecy, le groupe aurait posé des affiches sur les parcs municipaux avec cette mention : « Parc fermé – raison de fermeture : risque élevé de se faire poignarder – protégeons nos familles de l’immigration. »
Il est extrêmement difficile de relier un tel propos à un quelconque « appel à la haine ».
Et il ne paraît pas absurde de considérer que l’immigration pose quelques problèmes de sécurité, surtout dans le contexte de l’attentat d’Annecy, perpétré par un immigré clandestin (qui avait tenté sans succès d’obtenir l’asile politique).
Autre grief : « Le groupement promeut de manière régulière la théorie du “grand remplacement” et prône régulièrement la “remigration” présentée comme la solution face à l’insécurité, les attentats mais aussi la criminalité, notamment le narcotrafic. » On peut bien sûr penser ce que l’on veut de la théorie du « grand remplacement » ou de la « remigration » mais, là encore, cele ne peut pas être un motif de dissolution.
En réalité, tout le décret donne la pénible impression que le groupement en question est dissous pour délit d’opinion.
Le groupement n’est accusé de violence que par amalgame à certains de ses membres et les seuls griefs réels concernent des propos peut-être un peu vifs ou excessifs (encore que cela ne saute pas aux yeux dans les attendus du décret), mais parfaitement légitimes.
Tout se passe comme si le gouvernement s’arrogeait le droit de dissoudre les associations qui auraient le malheur de diffuser des messages déplaisant aux puissants du jour.
Or, jusqu’à plus ample informé, il demeure parfaitement légal de s’opposer à l’invasion migratoire ou de faire un lien entre insécurité et immigration.
Que cela déplaise à M. Macron ou à M. Mélenchon est évidemment regrettable, mais ne saurait constituer un motif sérieux de sanction judiciaire ou administrative.
Je rappelle que la plateforme de gouvernement RPR-UDF pour les législatives de 1993 (dont on ne saurait prétendre qu’il s’agissait d’un programme « fasciste ») prévoyait l’arrêt complet de l’immigration, y compris légale, et considérait que l’islam était incompatible avec la République. C’est-à-dire des propos au moins aussi durs que ceux de Patria Albiges. Le gouvernement veut-il interdire tous les partis réservés sur l’immigration ?
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