La France, ce miracle oublié
À une époque où l’histoire de France est trop souvent sommée de choisir entre le roman national, volontiers héroïque mais parfois simplificateur, et sa déconstruction systématique, qui finit par rendre suspecte jusqu’à l’idée même de nation, « Le Pays miraculeux » de Baptiste Touverey propose une troisième voie.
Car enfin, pourquoi faudrait-il choisir entre l’admiration béate et la repentance obligatoire ? Baptiste Touverey ne cherche pas à fabriquer une France idéale, mais à comprendre comment la France est devenue la France. Et sa démonstration a quelque chose de réjouissant car la réalité historique est infiniment plus étonnante que les constructions idéologiques.
Non, la France n’était pas nécessairement destinée à devenir la France. Son territoire était d’une extraordinaire diversité et ses provinces aussi différentes que des pays étrangers. Pourtant, la France est devenue le modèle même de l’État-nation.
Le miracle français n’est donc pas celui d’une nation dont les contours auraient été dessinés de toute éternité, mais celui d’une construction historique imprévisible. Touverey fait remonter très loin les racines de notre identité, notamment à la romanisation de la Gaule, et accorde une importance décisive à l’expansion capétienne, particulièrement à la conquête de la Normandie en 1204. Il faut alors comprendre la France médiévale non comme une nation déjà constituée, mais comme un empire en formation, suggère-t-il.
L’idée permet de comprendre la singularité de notre pays : alors que les empires s’effondrent sous leur propre poids, « l’empire français » s’est construit en intégrant des populations diverses sans les juxtaposer, jusqu’à faire émerger une communauté nationale.
Touverey montre aussi la permanence d’un esprit chevaleresque, associant le sens de l’honneur et la liberté, l’égalité et la quête de grandeur. Cet héritage a profondément marqué notre manière de voir le monde.
Voilà qui a au moins le mérite de prendre au sérieux les continuités de notre histoire !
Il y a toutefois une autre leçon, plus politique encore, dans cette histoire de la construction française : celle de l’impasse impériale. Les empires se heurtent tôt ou tard à une contradiction : comment maintenir durablement sous une même autorité des peuples profondément différents ? L’unité imposée se révèle fragile dès que la force décline. L’histoire romaine en offre une illustration majeure. La France, elle, a trouvé une issue singulière à cette contradiction en transformant progressivement la domination territoriale en appartenance nationale.
Cette leçon devrait donner matière à réflexion à nos dirigeants contemporains. Nous vivons une époque où les ambitions de construction politique à grande échelle et les rêves d’unification centralisatrice ne manquent pas. Mais on ne fabrique pas une communauté politique par décret – quoi qu’en pensent les technocrates de Bruxelles !
En tout cas, dans notre climat de désenchantement, ce n’est pas le moindre mérite de ce livre que de nous rappeler qu’un pays peut être le produit de l’histoire, du hasard et de la volonté humaine, sans être pour autant une construction arbitraire…
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