Restaurons les talus !

Restaurons les talus !

Amoureux passionné de ma Bretagne natale, je souhaite réagir aux divers articles et commentaires sur la sécheresse, parus et entendus depuis le début de l’été 2022.

De nombreuses personnes, souvent diplômées en agronomie ou en hydrologie, se sont exprimées sur le sujet et ont proposé des pistes pour mettre en place les moyens de lutter contre la sécheresse :

– Pour retenir l’eau des pluies : planter des haies, planter des arbres. Mais ils oublient que, sur un terrain en pente, des haies et des arbres ne retiendront jamais l’eau des pluies.

– Pour stocker plus d’eau : augmenter le nombre et la capacité des bassins de stockage. Mais ils oublient que, avant de stocker l’eau de ruissellement dans des « bassines », la première bataille à mener est de favoriser la renaissance et le remplissage permanent des nappes phréatiques, superficielles et profondes, qui jadis alimentaient les sources.

– Pour ne plus gaspiller l’eau : améliorer les procédés d’irrigation et réduire la place des cultures très consommatrices d’eau, comme le maïs, au profit d’autres cultures moins gourmandes en eau, comme le sorgho.

Enfin, il était temps de reconnaître que l’introduction du maïs en Bretagne fut une erreur.

On a aussi lu et entendu des propos surprenants :

– Un jour, l’un de ces « spécialistes », alertant sur les risques de pénurie en eau en octobre-novembre 2022, déclara que les bassins de rétention étaient insuffisamment remplis en raison d’une insuffisance de ruissellement des eaux de pluie sur les terres (!).

– Au début de l’été 2023, la Présidente de Veolia, s’exprimant sur France info, incitait les Français à se laver les dents avec de l’eau dans un gobelet, sans laisser couler le robinet, et envisageait de s’engager dans la dessalinisation de l’eau de mer (!).

Depuis 2 ans, tous ces spécialistes ont focalisé leurs propos sur l’eau et les risques d’en manquer un jour, mais ont totalement oublié de parler de la terre arable et des risques de la voir disparaître un jour.

« La terre est notre mère nourricière » est une formule chère à de nombreux peuples dits primitifs. Ces peuples ont compris depuis des siècles que tout ce que nous mangeons provient, directement ou indirectement, de la terre. Il n’y a pas de vie possible sans la terre ; on ne peut survivre avec uniquement de l’eau.

La terre arable est le résultat de l’accumulation depuis des milliers d’années, des produits de dégradation de matières minérales, végétales, et animales. C’est une merveille que la nature a offerte à l’humanité pour lui permettre de se nourrir. Mais la folie des humains peut détruire en 100 ans ce que la nature a fait en 1 million d’années.

Or, le réchauffement climatique va être responsable d’une augmentation des précipitations ; c’est une certitude. Par contre, nous ignorons où, quand et comment vont tomber ces précipitations. L’eau ne devrait donc pas nous manquer, à la condition que nous apprenions à mieux la gérer. Les inondations survenues en 2023 démontrent l’urgence de cette meilleure gestion.

Le bilan annuel du cycle de l’eau en France fait apparaître que :

– 500 milliards de m3 d’eau sont apportés par la pluie et la neige.

– plus de 300 milliards de m3 d’eau s’évaporent.

– plus de 170 milliards de m3 s’écoulent vers la mer.

À la lecture de ces chiffres, je ressens un certain malaise, et même une certaine honte, vis-à-vis des populations qui vivent dans des pays du monde où pas une goutte d’eau ne tombe pendant une année, tandis que nous, Français, passons notre vie à nous plaindre d’avoir trop d’eau quand il pleut, et d’en manquer quand il fait chaud.

Apprenons donc enfin à mieux gérer ces milliards de m3 d’eau de pluie qui tombent sur notre pays chaque année, et dont une trop grande partie se déverse en torrents de boue dans l’océan.

Par contre, si nous n’agissons pas en urgence, les terres arables continueront d’être emportées par le ruissellement des eaux de pluies et, dans quelques décennies, notre chère Bretagne ne sera plus qu’un désert de cailloux, comme l’est devenue la Catalogne en Espagne. La désertification des paysages deviendra irréversible, car c’est la végétation qui fait le climat, et non l’inverse. Les deux tiers de la pluie que nous recevons proviennent de l’évaporation et de l’évapotranspiration de la végétation et du sol.

Nous subissons depuis quelques années un réchauffement climatique, avec des conséquences évidentes sur la végétation, les cultures, les terres, et le cycle de l’eau. N’attendons pas pour agir que la cause de ce réchauffement climatique soit traitée, car la désertification des paysages entraînera un bouleversement climatique qui, lui, sera irréversible à l’échelle de l’humanité.

Pourtant, le sujet de la terre arable est totalement occulté dans les débats et les moyens, simples, à appliquer pour la sauver et la préserver, sont sciemment écartés, comme si le mot était devenu tabou : les TALUS.

Les talus ont de nombreuses vertus :

– Ils retiennent les eaux de pluie dans les champs, permettant à ces dernières de maintenir la terre humide toute l’année, et de s’infiltrer lentement dans le sous-sol. Jadis, chaque ferme possédait une ou plusieurs sources. Combien en reste-t-il aujourd’hui ?

– Ils empêchent le ruissellement des eaux de pluie, qui emporte avec lui la bonne terre arable nourricière, entraîne peu à peu l’érosion et la désertification des paysages, et favorise les crues de nos rivières lors des fortes précipitations.

– Plantés judicieusement d’une grande variété d’arbres et taillis adaptés au « terroir », ils sont un extraordinaire écosystème où foisonne la vie, ils protègent efficacement contre le vent, et ils apportent de l’ombre aux animaux qui paissent dans les prés en été.

Quand j’étais gamin, dans les années 60, je passais chaque année mes vacances scolaires dans la ferme où est né mon père. Il y avait quelques hectares de prairies, au bas desquelles un petit bassin de pierres recueillait l’eau d’une source pluri-centenaire. En 1967, j’ai vu avec frayeur les bulldozers abattre les talus. Lorsque je suis retourné un an plus tard à la ferme, je me suis rendu dans les prairies, et j’ai constaté avec stupeur qu’il n’y avait plus d’eau dans le bassin et que la source était tarie.

Des milliers d’autres que moi ont fait le constat des effets dévastateurs de ce que l’on a appelé il y a 57 ans le « remembrement ». On estime que le « remembrement » a fait disparaître plus de 200 000 km de talus et 200 millions d’arbres et taillis. Les responsables de la FNSEA n’ont jamais reconnu leur erreur.

Les talus, bâtis intelligemment, ont les avantages des terrasses sans leurs inconvénients. La renaissance des talus déclenchera un « cercle vertueux » qui, en quelques années, réglera tous les problèmes : d’abord celui des terres, puis celui de l’eau.

Puisqu’il n’y a rien à attendre des « décideurs » du ministère ni de la FNSEA, les médias ont un rôle capital à jouer dans ce combat pour la survie de nos terres, et donc pour notre survie.

Dr Luc Siohan

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