Science sans conscience n’est que ruine de l’âme…

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme…

Le déclin en cours de l’Occident n’est pas seulement économique ou géopolitique, il est aussi, et sans doute principalement, culturel. En France comme ailleurs.
Mais considérons le cas particulier de la France, qui nous préoccupe essentiellement.

Non seulement il se voit (les lycéens sont dans la rue, les casseurs barbares les suivent…), mais encore il est parfaitement documenté. Il est même chiffré :
– Le livre (outil de transmission par excellence du savoir accumulé par nos prédécesseurs) voit ses ventes chuter, en nombre d’exemplaires vendus, d’environ 15% depuis 10 ans. Avec une nette accélération depuis le début de cette année, qui provoque la panique chez les principaux éditeurs.
– Le cinéma, outil important de la culture depuis plus d’un siècle : – 30% de places occupées depuis 10 ans.
– La presse : là, c’est la chute libre ! Entre 2000 et 2022, les ventes au numéro ont diminué de 86% pour les quotidiens nationaux et de 78% pour les quotidiens régionaux. Sur la période 2015-2025,  la diffusion payée annuelle de la presse régionale n’a baissé que de 30%… si l’on veut bien tenir compte de la diffusion numérique… Mais un abonnement à la version numérique d’un journal papier vaut-il vraiment l’exemplaire papier ? Autrefois, en régions, l’abonnement à un quotidien, en particulier pour les familles les plus modestes, était un moyen d’information et même de culture. C’est là d’ailleurs que nos meilleurs auteurs donnaient à connaître leurs œuvres en feuilletons.
– S’agissant des spectacles vivants (le théâtre, la musique…), on note, sur ces dernières années, une légère progression, très loin de compenser les diminutions des autres supports. Et celle-ci ne concerne qu’une tranche supérieure, au moins en termes d’éducation, et limitée, de la population.
Evidemment, depuis cinquante ans, d’un autre côté, les progrès techniques se sont multipliés, et diffusés dans le monde entier.
En France, Internet, inventé à l‘origine en 1969 (ou 1972 ?…), suivi du web en 1989, devient d’usage banal au milieu des années 1990. Dans le monde, on estime que plus des deux tiers de l’humanité sont aujourd’hui « connectés ».
Les usages de l’informatique et du numérique, principalement via Internet – dont le terme signifie « connexion de réseaux » – sont devenus courants et quotidiens, pour les entreprises comme pour les particuliers.
Quant à l’intelligence artificielle, l’IA, si le terme apparait en 1956, son concept est progressivement popularisé, quand l’ordinateur Deep Blue d’IBM arrive à battre aux échecs le champion de monde Garry Kasparov, et son usage commence à se généraliser en 2022, avec le lancement de ChatGPT, par l’entreprise américaine OpenAI, aujourd’hui utilisé par plus d’un milliard de personnes chaque semaine…
Pour ne rien dire des œuvres d’Elon Musk, de son réseau de communication StarLink avec ses 11.000 satellites en orbite autour de la terre, couvrant plus de 160 pays, et de ses projets, jugés fiables par la bourse de Wall Street, de mise en orbite dans l’espace très prochainement de data centers, destinés à héberger, stocker, traiter et diffuser des volumes massifs de données et d’applications informatiques 24h/24 et 7j/7…

Dix milliardaires américains dans le peloton de tête de la tech mondiale, vingt ou trente en incluant les principaux fournisseurs de composants, dominent le monde grâce à leurs services, désormais indispensables pour les entreprises et les particuliers, les Etats et les armées. L’avenir du monde est entre leurs mains.
Leurs outils sont devenus si puissants que plusieurs d’entre eux demandent désormais une pause, et des contrôles, des régulations. Un peu comme quand, dans les années cinquante, des savants qui avaient mis au point la bombe atomique demandaient qu’elle soit bannie…
Une société qui développe sa puissance technique sans développer parallèlement le jugement de ses citoyens – et donc leur niveau culturel – risque de devenir de plus en plus performante dans ses moyens, mais de moins en moins maîtresse de ses fins. Encore faut-il, en outre, que les citoyens disposent d’institutions leur permettant d’exercer effectivement cette maîtrise. On en est loin.

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